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Hélène Marchand Psychologue clinicienne · Rennes
Pour les parents

Publié le 25 août 2026
Mis à jour le 25 août 2026

Comment proposer un psychologue à son enfant sans le braquer

Vous avez la phrase en tête depuis trois semaines

Vous avez décidé. Vous allez lui en parler. Vous avez même repéré un nom. Et puis le moment ne vient jamais. Le matin, il est pressé. Le soir, il est enfermé dans sa chambre. Le week-end, l’ambiance est meilleure et vous ne voulez pas la gâcher.

Alors la phrase sort au mauvais moment, souvent au milieu d’une dispute, et elle sort mal. Il claque la porte. Ou bien il lâche un « je suis pas fou » qui vous coupe net. Vous n’osez plus revenir dessus, parce que vous sentez qu’une deuxième tentative ratée coûterait plus cher que le silence.

Vous vous demandez si vous avez le droit de décider pour lui, et si en insistant vous allez le braquer pour de bon. Vous vous demandez aussi, sans le dire à voix haute, si le simple fait de proposer revient à lui annoncer qu’il a un problème.

Cette hésitation est normale. La façon de proposer compte autant que la proposition.

Ce qui braque

Quatre phrases
à éviter.

Pourquoi certaines phrases ferment la porte

Une proposition de consultation est entendue par un adolescent comme un verdict sur lui. Tout ce qui ressemble à un diagnostic posé par ses parents déclenche un refus, même quand il va mal et qu’il le sait.

« Tu vas voir quelqu’un parce que ça ne va pas. » Cette phrase désigne la personne à réparer. Elle place l’adolescent en position d’objet de la démarche, et le rendez-vous devient une sanction.

« C’est pour ton bien. » Elle supprime son avis avant qu’il l’ait donné. Un adolescent construit son autonomie sur le fait de juger lui-même ce qui est bon pour lui. Cette formule attaque le terrain qu’il défend.

L’annonce faite devant la fratrie, ou à table. En public, il n’a plus qu’une option pour sauver la face : refuser. Une proposition faite devant témoins devient une position à tenir, et il la tiendra.

« On a pris rendez-vous, c’est jeudi. » Le fait accompli lui retire le seul pouvoir qu’il lui reste, celui de dire oui. Beaucoup de refus ne portent pas sur la consultation, mais sur la façon dont elle a été décidée.

Ce qui ouvre la porte tient en trois principes. Parler d’une situation plutôt que d’une personne. Lui laisser une décision réelle à prendre. Et le faire à un moment où rien n’est en jeu.

Dès ce soir

Le moment,
les mots,
puis le choix.

Ce que vous pouvez faire, dès ce soir

1. Choisissez le moment, avant de choisir les mots. Le meilleur moment est un moment côte à côte, jamais en face à face : la voiture, la vaisselle, la fin d’une série. Jamais pendant un conflit, jamais juste après une note, jamais devant un frère ou une sœur.

2. Dites-le en trois temps, en moins d’une minute. Nommez ce que vous observez, sans interpréter. Dites ce que vous proposez. Puis rendez-lui la décision, explicitement. Vous pouvez reprendre ces formulations telles quelles :

« Je vois que tu dors mal en ce moment et que tu es tendu le matin. Je ne sais pas ce qui se passe, et ce n’est pas à moi de le deviner. Il existe des gens dont c’est le métier d’écouter ça. J’aimerais que tu en voies un, une fois. Tu me diras après si tu veux y retourner ou pas. »

« Ce n’est pas parce que je pense que tu as un problème. C’est parce que tu traverses quelque chose de dur et que je n’ai pas les bons outils pour t’aider là-dessus. »

« Elle ne me racontera pas ce que tu lui dis. C’est son métier, et c’est la règle. Moi, je saurai seulement si tu y es allé. »

Puis vous vous taisez. Il n’a pas à répondre ce soir. Une phrase comme « penses-y, on en reparle samedi » vaut mieux qu’une réponse arrachée dans la minute.

3. Rendez-lui deux ou trois choix concrets. Un adolescent accepte plus souvent quand il choisit quelque chose. Proposez-lui de choisir : un homme ou une femme, le jour et l’heure, le fait que vous entriez avec lui les cinq premières minutes ou que vous restiez dehors. Vous pouvez aussi lui montrer la page comment se passe une première consultation et le laisser lire seul. Beaucoup de refus tombent quand la scène devient imaginable : une pièce, un fauteuil, cinquante minutes, aucune obligation de tout raconter.

Un premier contact avant même d’en parler à votre enfant

Un échange téléphonique de dix minutes permet de décrire la situation et de préparer la façon de la lui proposer. Il n’engage à rien, et il peut avoir lieu avant que votre enfant soit au courant.

Un parent peut aussi venir seul, en consultation, pour travailler la relation et la manière de faire. C’est une demande fréquente et légitime. La page consultations pour adolescents détaille ce cadre.

S’il refuse

Un refus est une réponse
à un moment donné.

S’il dit non

Un refus n’est pas la fin de la démarche. C’est une réponse à un moment donné, et elle se travaille.

Accueillez le refus sans négocier tout de suite. Répondez : « D’accord. Je ne t’oblige pas. Je te le reproposerai dans quelques semaines, parce que je continue de penser que ça t’aiderait. » Il garde la main, et vous annoncez que le sujet reviendra.

Laissez passer trois à quatre semaines. Ce délai n’est pas de l’abandon. Beaucoup d’adolescents refusent la première fois et acceptent la deuxième, une fois passée la surprise.

Venez seul entre-temps. C’est souvent l’option la plus utile, et la plus mal connue. Un ou deux rendez-vous permettent de comprendre ce qui se joue, d’ajuster ce qui se passe à la maison et de préparer une proposition qui a plus de chances d’aboutir. Rien n’oblige l’adolescent à venir pour qu’un travail commence.

Trois situations font exception, et là on n’attend pas : des propos sur l’envie de disparaître ou de mourir, des blessures que vous découvrez, un arrêt complet de la vie sociale ou de la scolarité. Dans ces cas, on appelle le médecin traitant le jour même, et on lui explique que la consultation aura lieu parce qu’elle est nécessaire, pas parce qu’on lui en veut.

Le secret

Ce qui est dit aux parents,
et ce qui ne l’est pas.

Le secret, et pourquoi c’est justement ce qui le fait venir

C’est la question qui décide de tout, et elle vient souvent du parent avant l’adolescent.

Ce qu’un adolescent dit en séance est couvert par le secret professionnel. Le contenu n’est pas rapporté aux parents. Vous savez qu’il est venu, et ce qui se travaille en termes généraux, lors des points prévus avec les parents.

Ce secret a des limites, et elles sont dites à l’adolescent dès le premier rendez-vous : lorsqu’il existe un danger pour lui ou pour quelqu’un d’autre, la loi impose d’agir, et cela se fait avec lui autant que possible. Le cadre complet est décrit sur la page cadre et confidentialité.

Dites-le lui avec vos mots. C’est souvent l’argument qui emporte l’accord : la consultation devient un espace à lui, et non un tribunal où ses parents recevraient un rapport.

Quand consulter

Quand consulter, et qui

Une consultation se justifie quand la difficulté dure depuis plusieurs semaines et qu’elle touche le sommeil, l’école, l’appétit ou les relations. Elle se justifie aussi quand vous ne savez plus comment lui parler, même si lui affirme que tout va bien.

Le médecin traitant reste le premier interlocuteur quand des signes physiques sont présents, quand le sommeil ou le poids se modifient nettement, ou quand une orientation vers un pédopsychiatre se pose. Au collège et au lycée, l’infirmière scolaire et le psychologue de l’éducation nationale peuvent le recevoir sur place, parfois plus vite. Le centre médico-psychologique du secteur reçoit les mineurs, sans frais.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Est-ce que je peux prendre rendez-vous sans le lui dire ?
Vous pouvez prendre un premier contact pour vous, ou venir seul. En revanche, l’amener sans l’avoir prévenu produit presque toujours un refus durable. Le fait de savoir où il va fait partie du cadre.
Faut-il l’accord des deux parents ?
Pour un mineur, l’accord des deux titulaires de l’autorité parentale est requis. C’est une question qui se règle simplement au premier contact, y compris en cas de séparation.
Il dit qu’il n’est pas fou. Que répondre ?
« Je sais. Consulter ne veut pas dire être malade. Ça veut dire parler de quelque chose de dur à quelqu’un qui n’est ni ton parent ni ton ami. » Cette phrase suffit souvent, à condition de ne pas enchaîner.
Hélène Marchand

Psychologue clinicienne à Rennes.
N° ADELI : à compléter.
Publié le 25 août 2026. Mis à jour le 25 août 2026.

Sur le même sujet : Refus scolaire : flemme ou angoisse ?, si c’est le collège qui bloque le matin. Et Mon adolescent ne veut pas parler, si la difficulté tient d’abord au silence à la maison.

Ce site n’est pas un service d’urgence et ne remplace pas une consultation. En cas de détresse immédiate, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et ouvert 24 h/24, ou le 15. Fil Santé Jeunes accueille les questions des adolescents et de leurs parents. Pour le harcèlement et les violences en ligne, appelez le 3018.

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