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Hélène Marchand Psychologue clinicienne · Rennes
Pour les parents

Publié le 25 août 2026.
Mis à jour le 25 août 2026.

Mon adolescent ne veut pas parler : que faire ?

Il rentre, il dit bonjour, la porte de la chambre se ferme. Vous demandez comment s’est passée la journée, on vous répond « normal ». Vous insistez un peu, on vous répond « rien ». Vous voyez la lumière sous la porte à minuit passé. Vous récupérez trois assiettes dans sa chambre le samedi. Vous vous surprenez à guetter le bruit de ses pas dans le couloir pour savoir dans quel état il est. Avec vous, il ne dit rien. Au téléphone avec ses amis, vous l’entendez rire, et cela vous soulage autant que cela vous blesse. Vous ne savez plus si vous devez le laisser tranquille ou forcer la porte. Vous vous demandez si c’est l’âge, ou si vous avez raté quelque chose. Et vous n’osez en parler à personne, parce que dire « mon enfant ne me parle plus » ressemble à un aveu.

Ce qui se passe

Le silence de l’adolescence n’est pas un accident : c’est une étape. Entre treize et dix-huit ans, un jeune construit une intériorité qui n’appartient qu’à lui. Se taire devant ses parents, c’est fabriquer un territoire à soi. Un adolescent qui garde ses affaires pour lui n’est pas un adolescent qui va mal. C’est souvent l’inverse : il a assez confiance en la solidité du lien pour se permettre de le mettre à distance.

Ce silence-là a des caractéristiques précises. Il est sélectif. L’adolescent se tait avec vous, mais il parle ailleurs : avec ses amis, avec un grand cousin, avec un professeur, en ligne. Il est réversible : il s’ouvre par surprise, dans la voiture ou tard le soir dans la cuisine. Et il coexiste avec une vie qui continue, les cours, les sorties, le sport.

Ce qui doit alerter

Un mal-être ne se manifeste pas d’abord par des mots, mais par des changements. Ce n’est jamais un signe isolé qui compte, c’est un ensemble qui s’installe et qui dure. Regardez ce qui suit, sur plusieurs semaines et non sur un mauvais week-end.

Le retrait qui ne se lève plus. Il ne voit plus ses amis, refuse les sorties qu’il aimait, et ne parle plus à ceux à qui il parlait avant.

Le sommeil. Il s’endort de plus en plus tard, se réveille la nuit, dort la journée, ou reste au lit sans dormir.

L’alimentation. Il saute des repas, mange en cachette, s’enferme après avoir mangé, perd ou prend du poids visiblement, ou tient un discours nouveau et rigide sur son corps.

L’école. Les notes baissent nettement, les absences s’accumulent, ou une angoisse apparaît le dimanche soir et le matin avant de partir.

Les activités abandonnées. Il arrête le sport, la musique, le jeu vidéo lui-même. Quand plus rien ne procure de plaisir, ce n’est plus de la paresse.

L’irritabilité qui part de rien. Chez l’adolescent, la tristesse prend souvent le visage de la colère. Une explosion pour un verre mal rangé, plusieurs fois par semaine, est un signe et non un caprice.

Des marques sur le corps. Coupures, brûlures, manches longues en toutes saisons, refus soudain de se montrer. Cela demande une réponse, calme et rapide.

Des phrases qui parlent de disparaître. « Ça n’a aucun intérêt », « vous seriez mieux sans moi », même dites en riant. Une phrase de ce type se prend au sérieux, toujours, et se dit tout de suite à un professionnel.

Je ne peux pas dire, depuis un article, ce que votre enfant vit, et personne ne devrait le prétendre. Ce que vous pouvez faire, c’est observer avec précision et transmettre ces observations à quelqu’un dont c’est le métier.

Ce que vous pouvez faire, maintenant

Changez le décor de la conversation. Le face à face est ce qui bloque le plus. Un repas en tête-à-tête et une question directe : tout est réuni pour qu’il se ferme. Parler côte à côte marche beaucoup mieux : dans la voiture, en marchant, en faisant la vaisselle à deux. Le regard est occupé ailleurs, donc la parole coûte moins cher.

Remplacez la question par l’observation. « Ça va ? » appelle « ouais ». L’interrogatoire (« qu’est-ce que tu as », « pourquoi tu ne dis rien », « qu’est-ce qui s’est passé ») met en position d’accusé, et la réponse est le silence. Essayez plutôt une phrase qui décrit, sans conclure : « Je remarque que tu ne sors plus le week-end depuis un moment. Je ne sais pas ce que ça veut dire. Je suis là si tu veux en parler, et je ne vais pas insister. » Puis vous vous taisez. Le silence après cette phrase est utile, laissez-le durer.

Annoncez une disponibilité, et tenez-la. Dites une fois, calmement : « Ce soir je suis dans le salon jusqu’à onze heures. Tu peux venir. » Et restez-y. Beaucoup d’adolescents parlent au bout de plusieurs soirs, pas au premier. Ce que vous prouvez, c’est la constance, pas l’insistance.

Ce qui ne marche pas, et pourquoi : fouiller son téléphone (vous perdez la confiance et vous gagnez une information que vous ne pourrez pas utiliser), en parler devant toute la famille à table, comparer avec un frère ou une sœur, ou annoncer un rendez-vous chez un psychologue comme une sanction.

Vous pouvez venir seul, avant lui

Un parent peut prendre une première consultation pour lui-même, sans son enfant, et cela arrive souvent. On y regarde ce que vous observez, ce qui relève de l’âge et ce qui interroge, et comment aborder les choses à la maison. Cela n’engage pas la suite. La page consultations pour adolescents détaille le cadre, le secret professionnel vis-à-vis d’un mineur et la question de l’accord des deux parents.

Quand consulter, et qui

Prenez rendez-vous avec un psychologue quand plusieurs des signes ci-dessus durent depuis plus de deux à trois semaines, quand le quotidien se dégrade (école, sommeil, repas, amis), ou quand votre inquiétude ne redescend pas. Vous n’avez pas besoin d’être certain. Le doute est un motif suffisant.

Passez d’abord par le médecin traitant si le corps est au premier plan : perte de poids, fatigue importante, douleurs répétées, maux de ventre ou de tête. Certains signes psychiques ont une origine médicale, et un examen permet de l’écarter. Le médecin peut aussi orienter vers un pédopsychiatre.

Le pédopsychiatre est le bon interlocuteur quand un traitement se discute, quand l’humeur est très basse depuis longtemps, quand il y a des idées suicidaires ou des gestes sur le corps. Le centre médico-psychologique infanto-juvénile du secteur reçoit gratuitement, avec des délais souvent longs : la demande se fait tôt, et rien n’empêche de consulter en libéral en attendant.

Si l’angoisse est au centre du tableau, la page anxiété décrit comment elle se travaille.

Et s’il refuse ? C’est fréquent, et ce n’est pas une impasse. Un refus n’est presque jamais un refus d’aller mieux : c’est la peur d’être jugé, la peur que ce soit rapporté aux parents, ou l’idée que consulter signifie être « fou ». Trois choses aident. Ne pas transformer le rendez-vous en punition. Lui laisser une part de contrôle réelle (le choix du créneau, celui de venir seul ou accompagné pour les premières minutes, la liberté d’arrêter après une séance). Et lui dire clairement que ce qu’il dira ne vous sera pas répété, ce qui est la règle. S’il maintient son refus, vous venez, vous. La façon de formuler la proposition est détaillée dans proposer un psychologue à son enfant sans le braquer.

Questions fréquentes

À partir de quel âge peut-il venir seul en séance ?
Je reçois à partir de treize ans. L’accord des deux parents reste nécessaire pour un mineur, et l’adolescent est vu seul pendant la séance, ce qui est la condition pour qu’il parle.
Est-ce que vous me direz ce qu’il vous a dit ?
Non. Le contenu des séances est couvert par le secret professionnel, y compris vis-à-vis de vous. Je vous donne le sens du travail et ce qui peut vous aider à la maison, jamais le détail de ses paroles. La seule limite est le danger grave, annoncée à l’adolescent dès la première séance.
Est-ce que c’est ma faute ?
Non. Un mal-être d’adolescent n’a presque jamais une cause unique, et chercher un coupable fait perdre du temps utile. Ce qui compte est ce que vous faites maintenant.

Sur le même sujet, Pour les parents : refus scolaire, flemme ou angoisse et proposer un psychologue à son enfant sans le braquer.

Hélène Marchand

Psychologue clinicienne à Rennes
n° ADELI : à compléter
Publié le 25 août 2026. Mis à jour le 25 août 2026.

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