Comment savoir si j’ai besoin de consulter un psychologue ?
Vous y pensez depuis un moment. Peut-être depuis des mois. Vous avez déjà ouvert un annuaire, regardé deux ou trois profils, puis vous avez refermé. Parce qu’à chaque fois, la même phrase revient : ce n’est pas assez grave. Vous vous levez le matin. Vous allez travailler. Vous répondez aux messages. Vu de l’extérieur, tout tient. Alors vous vous dites que d’autres vont bien plus mal, qu’il y a des gens qui ont vraiment des raisons, et que vous, vous prendriez la place de quelqu’un. Vous vous dites aussi que ça va passer, qu’après les vacances ce sera différent, que c’est une mauvaise période. Puis la mauvaise période dure. Vous continuez à faire ce qu’il faut, mais quelque chose s’est éteint, et vous n’arrivez pas à le nommer. Personne ne vous demandera jamais de prouver que c’est assez grave. Ce n’est pas le bon critère.
Le mot qui compte n’est pas « gravité »
On ne consulte pas parce qu’on a franchi un seuil de gravité. Ce seuil n’existe pas. Il n’y a pas de liste officielle des motifs qui donnent le droit de prendre rendez-vous.
La souffrance ne se classe pas. Comparer la vôtre à celle d’un autre ne donne aucune information utile. La seule chose que cette comparaison produit, c’est du délai.
Le mot juste, c’est le retentissement : ce que votre état change concrètement dans votre vie, semaine après semaine. C’est observable, et vous êtes la mieux placée ou le mieux placé pour l’observer.
Cinq repères que vous pouvez utiliser sur vous-même
La durée. Une baisse de moral après un choc est normale. Ce qui interroge, c’est ce qui s’installe. Si l’état que vous décrivez dure depuis plusieurs semaines sans amélioration nette, la question de consulter devient légitime, quelle que soit son intensité.
Le sommeil. Il est le premier à parler. Un endormissement qui prend des heures, des réveils à quatre heures du matin avec la tête qui repart, ou au contraire un sommeil dont on ne sort plus : quand cela se répète plusieurs nuits par semaine, c’est un signal, pas un détail.
Le travail ou les études. Vous relisez trois fois le même paragraphe. Vous repoussez des tâches simples. Vous arrivez à tenir, mais cela vous coûte le double de ce que cela coûtait avant. Ou bien vous avez commencé à vous arrêter, à annuler, à poser des jours pour souffler.
Les relations. Vous répondez moins. Vous annulez. Vous vous surprenez à être sec avec des gens que vous aimez, ou à pleurer pour une remarque anodine. L’isolement s’installe rarement d’un coup, il se fait par petites annulations successives.
L’évitement. C’est le repère le plus fiable, et le plus discret. Faites la liste de ce que vous ne faites plus alors que vous le faisiez il y a six mois. Conduire sur une certaine route. Prendre le métro. Aller à des repas. Décrocher le téléphone. Retourner dans un endroit. Chaque évitement soulage sur le moment et rétrécit la vie ensuite.
À ces cinq repères s’en ajoute un sixième, extérieur : l’entourage qui s’inquiète. Quand plusieurs personnes qui ne se parlent pas entre elles vous font la même remarque, cette convergence dit quelque chose que vous ne voyez pas encore de l’intérieur.
Vous n’avez besoin ni d’un diagnostic ni d’un drame
Deux idées bloquent beaucoup de gens, et toutes deux sont fausses.
La première : il faudrait savoir ce qu’on a avant de venir. Non. Vous n’avez pas à arriver avec un mot, une étiquette ou un dossier. « Je ne sais pas ce qui se passe, mais ça ne va pas » est une phrase de départ parfaitement recevable. Mettre des mots fait partie du travail, ce n’est pas un préalable.
La seconde : il faudrait un événement grave pour justifier la démarche. Non plus. Beaucoup de gens consultent sans drame, parce qu’une fatigue s’est installée, parce qu’un choix les paralyse, parce qu’un fonctionnement se répète et les épuise.
Et une seule consultation, pour y voir clair, est une demande légitime. Vous pouvez venir une fois, poser ce que vous avez, entendre un avis, et repartir sans prendre d’autre rendez-vous. Ce n’est pas un échec ni un abus. C’est un usage normal. Personne ne vous engagera dans un suivi que vous n’avez pas demandé. La page première consultation décrit précisément comment se déroulent ces cinquante minutes.
Ce que vous pouvez faire maintenant
Le point sur sept jours. Chaque soir, pendant une semaine, écrivez trois lignes seulement : comment j’ai dormi, ce que j’ai évité aujourd’hui, mon énergie sur dix. Trois lignes, pas plus, sinon vous arrêterez au bout de deux jours. Le septième soir, relisez la semaine d’un seul coup. Une semaine vue d’ensemble dit ce qu’aucune journée prise isolément ne dit.
Le test des quatre domaines. Prenez le sommeil, le travail, les relations, et le plaisir (les choses qui vous faisaient du bien). Pour chacun, répondez à une question unique : est-ce que c’était comme cela il y a six mois ? Si deux domaines sur quatre ont changé dans le mauvais sens, vous avez votre réponse, et cela n’a rien à voir avec la gravité.
La phrase de départ. Écrivez en une seule phrase ce que vous diriez si vous appeliez demain. Par exemple : « Je dors mal depuis trois mois et je n’arrive plus à me concentrer au travail. » Cette phrase suffit à ouvrir un premier rendez-vous. Vous n’avez rien d’autre à préparer.
Un premier échange téléphonique de dix minutes permet de savoir si un rendez-vous a du sens dans votre situation, ou si c’est ailleurs qu’il faut chercher. Ce temps n’est pas facturé et n’engage à rien. Si vous préférez d’abord lire, la page ce que l’on peut travailler ensemble décrit les situations les plus fréquemment rencontrées en consultation.
Quand consulter, et qui
Prenez rendez-vous avec une psychologue quand ce que vous vivez dure depuis plusieurs semaines et pèse sur au moins un domaine de votre vie, même si vous continuez à tenir. Aucune ordonnance n’est nécessaire. Les modalités du suivi adulte sont détaillées sur la page consultations pour adultes.
Commencez par votre médecin traitant si le corps est au premier plan : sommeil effondré depuis longtemps, amaigrissement, palpitations, fatigue qui ne cède pas au repos, douleurs sans explication. Certaines causes physiques donnent des symptômes qui ressemblent à s’y méprendre à l’anxiété ou à la dépression, et il faut les écarter en premier.
Consultez un psychiatre, ou demandez à votre médecin de vous orienter vers lui, si vous avez des idées noires, si vous pensez à la mort, si vous ne parvenez plus à assurer votre travail ou vos études, ou si la question d’un traitement se pose.
Et si la souffrance est là, maintenant, et que vous ne savez pas comment tenir jusqu’à demain, n’attendez pas de rendez-vous : appelez le 3114 ou le 15.
Questions fréquentes
Et si on me dit que je n’ai rien ?
Combien de séances faut-il prévoir ?
Est-ce que je peux venir une seule fois ?
Sur le même sujet, Avant de consulter : psychologue, psychiatre, psychothérapeute, qui fait quoi et combien de temps dure une thérapie.
Ce site n’est pas un service d’urgence. En cas de détresse immédiate, appelez le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24) ou le 15. Les autres numéros d’écoute sont réunis sur la page urgences et écoute.