Combien de temps dure une thérapie ?
Vous avez trouvé le numéro. Vous avez presque appelé. Et puis une phrase vous a arrêté : et si ça durait des années. Vous imaginez le rendez-vous du mardi soir qui revient sans fin, la somme qui s’additionne chaque mois, et cette impression de vous engager dans quelque chose dont vous ne voyez pas le bout. Vous connaissez peut-être quelqu’un qui « fait une analyse depuis douze ans ». Vous avez peut-être fait le calcul sur un coin de table, le prix d’une séance multiplié par quatre, multiplié par douze. Le chiffre vous a refroidi. Et vous vous demandez si vous avez seulement le droit de poser la question. Demander combien de temps ça va durer, est-ce que ça veut dire que vous n’êtes pas sérieux, que vous voulez déjà partir avant d’être entré. Non. C’est une question de bon sens, et c’est souvent la première que l’on me pose au téléphone.
Ce qui se passe vraiment
Il n’existe pas de durée unique. Toute personne qui vous annonce un nombre de séances avant de vous avoir rencontré vous vend un chiffre, pas un travail. En revanche, il existe des repères réels, et ils sont assez simples.
Deux formes de travail, pas une
La première forme est courte et ciblée. Vous venez avec un problème délimité : une peur de conduire, une insomnie qui s’est installée après une période difficile, des crises d’angoisse qui reviennent dans les mêmes situations, une préparation à un examen ou à un entretien. On identifie ce qui déclenche, ce qui entretient, et on travaille dessus avec des exercices précis, entre les séances aussi. Ce type de travail se compte souvent en quelques mois, à raison d’une séance toutes les semaines ou toutes les deux semaines. C’est typiquement le terrain des thérapies cognitives et comportementales.
La seconde forme est plus longue. Elle concerne ce qui ne se règle pas en réglant un symptôme : une manière de fonctionner qui vous fait souffrir depuis longtemps, des relations qui se répètent toujours de la même façon, un deuil qui ne se dépose pas, un traumatisme ancien, une estime de soi abîmée par des années d’expérience. Là, le travail avance par paliers, et il se compte plutôt en saisons qu’en séances.
Beaucoup de suivis commencent sous la première forme et découvrent la seconde en route. Ce n’est ni un échec ni un piège. C’est une décision que l’on prend ensemble, à voix haute, et vous restez libre de dire non.
Ce qui fait varier la durée
Quatre choses, principalement.
Depuis combien de temps la difficulté est là. Une angoisse apparue il y a trois mois ne se travaille pas comme une angoisse présente depuis l’adolescence.
Le nombre de fronts ouverts en même temps. Un épuisement professionnel accompagné d’une séparation et d’un parent malade demande plus de temps qu’une difficulté isolée.
Ce que vous faites entre les séances. Une thérapie n’avance pas seulement pendant les cinquante minutes. Elle avance dans la semaine, dans ce que vous observez, notez, essayez.
Ce que vous venez chercher. Ne plus faire de crises d’angoisse dans le métro, ce n’est pas le même objectif que comprendre pourquoi vous vous mettez toujours en retrait. Les deux sont légitimes. Ils ne durent pas pareil.
On fait le point, et vous pouvez arrêter
Nous ne partons pas pour une durée indéterminée sans jamais en reparler. À intervalles réguliers, en pratique toutes les cinq ou six séances, nous prenons dix minutes pour regarder trois choses : ce qui a bougé, ce qui n’a pas bougé, et si le cadre actuel est encore le bon. Il peut déboucher sur un espacement, sur un changement d’objectif, sur une orientation vers un autre professionnel, ou sur un arrêt.
Vous pouvez arrêter quand vous voulez. Sans justification, sans préavis, sans devoir revenir une dernière fois pour l’annoncer, même si le dire de vive voix permet souvent de clore proprement. Rien ne vous engage au-delà de la séance que vous avez réservée.
Le rythme, et ce qui se passe quand on espace
Au démarrage, une séance par semaine est le rythme le plus courant, surtout quand la souffrance est vive ou quand le travail demande de la continuité.
Tous les quinze jours convient quand la situation s’est stabilisée, ou quand le travail repose beaucoup sur ce que vous mettez en place entre les rendez-vous. C’est aussi, parfois, la seule fréquence tenable pour un budget ou pour un emploi du temps. Cela se dit, et cela s’organise.
Quand on espace, deux choses se produisent. La séance change de fonction : on y fait davantage le bilan de ce qui s’est passé, et moins le travail à chaud. Et l’autonomie augmente, parce qu’il faut bien tenir seul entre les deux. C’est souvent le signe que la fin approche, et c’est d’ailleurs comme cela que l’on termine la plupart du temps : de toutes les semaines, à tous les quinze jours, puis à un rendez-vous par mois, puis rien, avec la possibilité de revenir.
Ce que vous pouvez faire, maintenant
Écrivez votre objectif en une phrase. Prenez une feuille ce soir. Terminez cette phrase : « Je saurai que ça va mieux quand… ». Soyez concret. « Quand je pourrai reprendre le train » vaut mieux que « quand j’irai bien ». Cette phrase servira de repère à nos points d’étape, et c’est elle qui rend la durée mesurable.
Fixez votre budget avant d’appeler, pas après. Regardez ce que vous pouvez consacrer à cela chaque mois, sans que cela devienne une source d’angoisse de plus. Puis comparez avec la grille et les prises en charge détaillées sur la page tarifs et remboursement. Le dispositif public de séances remboursées et les mutuelles changent régulièrement de règles : vérifiez les conditions en vigueur à la date où vous lisez ces lignes.
Posez la question de la durée dès le premier rendez-vous. Pas à la cinquième séance, quand vous n’osez plus. C’est une question professionnelle, et une psychologue doit pouvoir y répondre par une fourchette honnête, quitte à dire qu’elle ne le saura qu’après quelques séances.
Avant toute chose, un contact téléphonique de dix minutes est possible. On y regarde ce qui vous amène, le rythme envisageable et l’ordre de grandeur de la durée. Il n’y a rien à préparer, et vous n’êtes pas obligé de prendre rendez-vous ensuite. Si vous préférez savoir à quoi ressemble une séance avant de vous décider, la page première consultation le décrit pas à pas.
Quand consulter, et qui
Consultez un psychologue quand la difficulté dure depuis plusieurs semaines, qu’elle déborde sur votre sommeil, votre travail ou vos relations, et que les solutions habituelles ne suffisent plus.
Parlez-en d’abord à votre médecin traitant si des signes physiques sont au premier plan : perte de poids, palpitations, fatigue inexpliquée, douleurs. Certains symptômes psychiques ont une cause médicale, et il faut l’écarter avant tout le reste.
Un psychiatre est le bon interlocuteur quand un traitement médicamenteux se discute, quand l’humeur est très basse depuis longtemps, ou quand un arrêt de travail est nécessaire. Le psychiatre est médecin, le psychologue ne l’est pas. Les deux suivis se mènent souvent en parallèle, et c’est une bonne configuration, pas un doublon.
En cas de détresse immédiate ou de pensées suicidaires, la réponse n’est pas une thérapie mais une aide en urgence : les numéros sont rappelés en bas de page.
Questions fréquentes
Est-ce qu’on peut savoir dès la première séance combien de temps ça va durer ?
Si j’arrête et que ça ne va pas mieux, je peux revenir ?
Une séance tous les quinze jours, est-ce que c’est suffisant ?
Sur le même sujet, Avant de consulter : psychologue, psychiatre, psychothérapeute, qui fait quoi et comment savoir si j’ai besoin de consulter un psychologue.
Ce site n’est pas un service d’urgence et ne remplace pas une consultation. En cas de détresse immédiate ou de pensées suicidaires, appelez le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24) ou le 15. Les jeunes et leurs parents peuvent joindre Fil Santé Jeunes au 0 800 235 236. L’ensemble des numéros et lieux d’écoute est réuni sur la page urgences et écoute.